Kamatech et Naztech : orthodoxes et Arabes à la conquête de la Startup Nation

Les atouts de la « Startup Nation » sont bien connus depuis la publication de l’ouvrage du même nom de Saul Singer et Dan Senor. Spontanéité, prise de risques, politiques d’intégration des immigrants, service militaire… Autant de facteurs qui ont modelé l’écosystème du High Tech israélien.
Certaines populations ne correspondent pourtant pas exactement à ce profil. Les orthodoxes et les Arabes, notamment, sont encore peu concernés par la réussite fulgurante de la Startup Nation.

Ces dernières années, des initiatives se développent pour favoriser l’intégration de ces deux publics dans l’industrie du High Tech. Financées par le gouvernement, des associations ou des business angels, elles concourent toutes à atteindre un même objectif : assurer l’avenir de la Startup Nation, en impliquant tous les secteurs de la société.

De Bnei Brak à Nazareth en passant par Tel Aviv, des parcours à l’« AMICALEMENT VÔTRE »

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MOSHÉ FRIEDMAN

Petit-fils du fondateur de la ‘Edah Harédit (organisme fédérateur de la communauté orthodoxe), MOSHÉ FRIEDMAN n’a fréquenté que les bancs de la Yéchiva. Pourtant, il dirige aujourd’hui un accélérateur de startups et ouvre le monde du High Tech au public orthodoxe.
« J’ai étudié la technologie et l’anglais en autodidacte sur Internet, avant de fonder une startup de montage vidéo en ligne, Cliptop. J’ai alors commencé à rencontrer des entrepreneurs et des investisseurs, et j’ai découvert que j’étais bien seul dans cet écosystème », raconte MOSHÉ FRIEDMAN à Startup Europe Israel.

 

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FADI SWIDAN

FADI SWIDAN, de son côté, vit à Nazareth et a décroché une maîtrise en administration des affaires (MBA) à l’Université Clark de Boston, ainsi qu’une licence en sciences (BSc), dans les domaines de la gestion et du génie industriel, au Technion de Haïfa. Assistant du directeur général de la mairie de Nazareth, puis consultant auprès de startups, son parcours ressemblerait davantage à celui d’un entrepreneur classique, s’il n’était pas arabe et ne vivait pas en périphérie…

 


Qu’est-ce qui pousse un étudiant de Yéshiva et un Arabe ultra diplômé à œuvrer pour l’inclusion de leur communauté dans le High Tech israélien ?

Pour MOSHÉ FRIEDMAN, l’occasion se présente lorsqu’il rencontre Yossi Vardi. Prêt à relever le défi, le « parrain de la haute technologie israélienne » le présente à la directrice du développement commercial chez CISCO, Zika Abzuk. Le trio fonde alors l’organisation Kamatech.

« Début 2013, nous n’avons trouvé que cinq entrepreneurs orthodoxes dans tout le pays. Aucun d’entre eux n’avait réussi à lever des fonds auprès d’investisseurs », explique l’entrepreneur hiérosolomytain. Fin 2013, vingt entrepreneurs orthodoxes s’inscrivent à un concours organisé par la Kamatech.

« De nombreux orthodoxes, femmes et hommes, étudient les technologies, mais peu d’entre eux réussissent à intégrer l’industrie et à devenir entrepreneurs », explique-t-il.

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Le bus de la Kamatech

Pour attirer davantage de personnes dans l’industrie de la haute technologie, la Kamatech multiplie les initiatives (meetups, conférences…) à Bnei Brak et Jérusalem. De grands noms de l’écosystème (les fondateurs de Waze, Wix, Mobileye, CheckPoint…) confient à un auditoire croissant les secrets de leur réussite, en vue d’inspirer de nouveaux talents. Le train est lancé…

 

Le secteur arabe : changer de paradigme et conquérir l’industrie

Comme chez les orthodoxes, le capital humain existe dans la communauté arabe et sa proportion ne fera qu’augmenter au sein de la société israélienne, avec des taux de natalité élevés. Toutefois, son potentiel n’est que peu exploité.

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Moshe Friedman Fadi Swidan et Yousef Break

« Les entrepreneurs arabes ont tous un bon bagage technologique, après avoir travaillé pendant 10 à 15 ans dans le High Tech. Ils sont confrontés à deux problèmes majeurs : le financement et le savoir-faire économique. Personne n’a cette expérience dans la communauté. Il faut donc aller la chercher à Tel Aviv pour surmonter l’obstacle du manque de connexions inhérent à la vie en périphérie », explique FADI SWIDAN à Startup Europe Israel.

Pour lui, la société arabe doit surmonter ses préjugés à l’égard du monde de l’entrepreneuriat. « Les entreprises florissantes sont toutes des affaires de famille. Dans la haute technologie, on est sans cesse en relation avec de nouvelles personnes et grandes compagnies. Autre problème : le rapport à l’échec négatif dans la société arabe. Dans l’entreprenariat, on n’hésite pas à recommencer », affirme-t-il. Et d’ajouter « Notre projet œuvre sur ces deux plans économique et social. Ce n’est qu’en changeant de paradigme qu’on pourra aller de l’avant. »

Un accélérateur de startup mixte pour une meilleure inclusion

L’aventure commence en 2012, lorsque le ministère de l’Économie fonde, sous l’égide de l’agence pour la promotion des PME, Maof, l’incubateur d’entreprises de Nazareth (NBIC NazTech). Dirigé par FADI SWIDAN, le centre ajoute rapidement un accélérateur de startups en 2013, « pour guider les entrepreneurs technologiquement et économiquement, leur faire profiter d’un mentorat, etc. »

Nazareth incubator startup« L’année dernière, l’accélérateur NazTech a changé de stratégie et, avec la coopération de l’association des anciens de l’unité 8200 de Tsahal, nous avons créé le programme Hybrid. Nous travaillons maintenant avec des startups qui peuvent être mixtes, il suffit qu’il y ait au moins un cofondateur arabe », raconte FADI SWIDAN.

Chaque cycle accueille jusqu’à 10 équipes d’entrepreneurs. « Nous travaillons avec eux de la phase de l’idée à celle de la startup prête pour l’investissement. Nous définissons le besoin existant et lors de la phase de validation, nous vérifions qu’il y a des clients prêts à payer pour la solution proposée », explique-t-il.

« Il y a aujourd’hui environ 70 startups arabes qui réussissent. Certaines ont déjà levé des fonds et reçu des subventions du Bureau du Scientifique en chef. C’est encore très peu », remarque FADI SWIDAN.

Entre autres « success stories », on peut citer Optima Design Automation, fondé en 2014 par un ancien du Technion, Jamil Mazzawi, qui a reçu une subvention de 2 millions de shekels. ODA a créé un logiciel utilisé pour tester les microprocesseurs utilisés dans l’automobile.

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Photo Benny Doutsh

Le « fleuron de l’économie » s’ouvre aussi aux orthodoxes

Parallèlement, la Kamatech de MOSHÉ FRIEDMAN sensibilise le public orthodoxe, fort d’un million d’âmes, au concept de la Startup Nation. « Il est crucial d’intégrer le public orthodoxe à l’économie en général. Or le monde des startups est vu comme le “joyau de la couronne”. Pour qu’Israël continue d’être la Startup Nation, tous les publics doivent en faire partie. C’est également important pour la communauté orthodoxe qui souffre de la pauvreté », explique MOSHÉ FRIEDMAN.

« Il y a aussi un aspect social. En Israël, il y a des tensions entre orthodoxes et laïques. Ces opérations de rapprochement permettent à chaque public de mieux connaître l’autre », renchérit-il.

Enthousiasmé par l’intérêt que témoignent les orthodoxes pour l’industrie, le Professeur Amnon Shashua, fondateur de Mobileye, aide MOSHÉ FRIEDMAN à lancer un accélérateur de startups orthodoxes.

« Chaque entrepreneur est adopté par un mentor laïque qui l’accueille dans ses bureaux pendant 4 mois pour qu’il apprenne sur le terrain des meilleurs startups : Outbrain, Taboola… Nous avons eu la surprise de voir 224 startups s’inscrire au premier cycle. Nous avons choisi les huit meilleures : quatre femmes et quatre hommes. À l’issue du programme, fin 2015, 7 d’entre elles ont réussi à lever en moyenne un million de dollars chacun. En 2016, 450 startups se sont inscrites au 2e cycle », se félicite MOSHÉ FRIEDMAN.

Enfin, la Kamatech a lancé il y a trois mois un fonds de capital-risque (micro VC), appelé 12 Angels, pour investir dans les startups sorties de l’accélérateur. « Il est intéressant que l’idée vienne de quelques-uns des meilleurs investisseurs : Gigi Levi, Dov Moran (fondateur et dirigeant de M-System), Adi Sofer Teeni (directeur général de Facebook Israël), Chemi Peres (Pitango, fils de Shimon Peres), etc. Ils pensent que permettre aux orthodoxes de créer des startups constitue une mission nationale, importante pour l’avenir d’Israël », conclut MOSHÉ FRIEDMAN.

Une interview exclusive Startup Europe Israel
Propos recueillis et traduits par Yael Ancri

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