Une startup israélienne relève le défi de produire de la viande végétalienne

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Une startup israélienne relève le défi de produire de la viande végétalienne

En Occident, ils sont de plus en plus nombreux, dans la nouvelle génération d’actifs, à  affirmer vouloir devenir végétariens. À la base de cette tendance, sur laquelle s’est greffé un malheureux effet de mode, il y a le dégoût qu’inspire la viande issue des élevages industriels. Il faut dire que la récente mise en ligne de vidéos montrant ce qui se passe réellement dans les abattoirs en Europe ou aux États-Unis est plutôt dissuasive. « La viande, c’est donc ça : de la mort animale ? Je ne veux plus être le complice de ces massacres. Mon estomac mérite mieux ! » Telle est l’opinion qui prévaut parmi plusieurs couches de nos sociétés.

agroalimentaire israel vegetarien startupLa startup israélienne SuperMeat jouit donc d’entrée de jeu d’un fort capital de sympathie – et cela, avant même d’avoir produit l’innovation annoncée ! La startup SuperMeat n’est que le prolongement des travaux scientifiques du Pr Yaakov Nahmias, 42 ans, biologiste et fondateur du Centre d’ingénierie biologique de l’Université hébraïque de Jérusalem. Diplômé du Technion et de Harvard, le Pr Nahmias s’est d’abord intéressé à la réhabilitation des tissus humains. Si l’on sait à présent greffer un rein ou remplacer un cœur malade, pourquoi la science peine-t-elle à remplacer d’autres organes ?

Confronté à de graves cas de dégénérescence du foie, Le Pr Nahmias s’est mis en tête de reproduire artificiellement des cellules de cet organe indispensable. Ses recherches lui ont valu nombre de distinctions, notamment celle du Conseil européen pour la recherche fondamentale (2011) et du Prix Rappoport pour les sciences biomédicales (2014). Grâce à ses travaux, reproduire à volonté du tissu humain est désormais possible, mais en quantité infime.

C’est en l’encourageant à appliquer ses recherches sur la viande animale qu’est née la startup israélienne SuperMeat. On sait depuis longtemps cloner des poulets, des brebis, etc. Mais peut-être pourrait-on reproduire leur viande en laboratoire ? Encouragé par Ido Savir et Koby Barak, militants végétariens depuis deux décennies et fondateurs de SuperMeat (décembre 2015), le Pr Nahmias se met à l’œuvre. Objectif : cultiver de la viande de poulet dans un bouillon nutritif à partir de cellules prélevées sur un volatile vivant.

La réponse du public à cette innovation est plus qu’encourageante : en 6 mois, SuperMeat réussit à lever 98.384 dollars par crowdfunding. Aux États-Unis, d’importants investisseurs suivent avec intérêt le développement de SuperMeat. L’objectif de ses fondateurs est clair : « Nous sommes en train de mettre au point un produit capable de remplacer la viande dans l’alimentation humaine. Conscients que le besoin de viande ne disparaîtra pas, notre produit, qui n’aura rien de carné, offrira une alternative aux nourritures animales. Cette viande  “cultivée“ annonce une révolution dans l’industrie alimentaire. Outre qu’elle mettra fin à la souffrance animale, elle aura également des conséquences sur l’agriculture, puisqu’aujourd’hui, pour produire un kilo de viande de poulet sur pied, il faut lui faire manger une dizaine de kilos de céréales. Une plus grande partie des ressources céréalières sera donc disponible pour alimenter la planète. »

Naturellement, le lecteur peu familiarisé avec le miracle des technologies israéliennes pourra penser que SuperMeat, c’est de la science-fiction. Mais il en a toujours été ainsi de toutes les innovations. En tout cas, les merchandisers ont déjà fait leurs calculs : cette viande cultivée in vitro sera moins chère et plus saine que celle, fraîche ou congelée, qu’on trouve actuellement dans les bas des supermarchés. On n’a pas fini d’entendre parler de SuperMeat.