S’inspirant des startups israéliennes, la France veut devenir une startup nation

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Emannuel Macron

En 2009, outre le fait d’avoir remis les pendules à l’heure, le livre de Dan Seror et Saul Singer  ̶  « Israël, la Startup Nation »  ̶  répondait à une question que tous les experts en développement économique se posaient depuis longtemps : comment expliquer qu’à peine âgé de 60 ans, le jeune Etat hébreu, seulement peuplé de 7 millions d’habitants, comptait déjà 63 compagnies cotées au NASDAQ ?

Balayant l’argument de la spécificité ethnique ou religieuse d’Israël, les auteurs avancent deux facteurs pour expliquer le succès de la Startup Nation : la culture très particulière de Tsahal, l’armée de défense d’Israël, et les compétences issues de l’immigration.

Au-delà de l’obligation de revêtir l’uniforme pendant près de trois ans, l’armée israélienne offre aux entrepreneurs potentiels la possibilité d’exercer des responsabilités dans un univers hiérarchisé au minimum et où la créativité, l’intelligence et l’improvisation sont valorisées.

L’intégration d’immigrants issus de cultures différentes a aussi largement contribué à la découverte d’approches innovantes. Quand des ingénieurs russes formés à la rigueur des écoles soviétiques s’attaquent à un problème en compagnie d’anciens étudiants de Harvard, avant tout pragmatiques et soucieux de profitabilité, on peut être certain que leurs solutions seront efficaces et rentables.

Longtemps spectatrice de ce développement, la France a décidé de relever le défi et de devenir à son tour une Startup Nation. La personnalité du ministre français de l’Economie Emmanuel Macron est à l’origine de cette mutation. En septembre 2015, au cours d’une visite au Technion de Haïfa, celui-ci découvre concrètement à quel point les innovations technologiques israéliennes sont prometteuses.

De retour en France, Emmanuel Macron n’a aucune peine à convaincre la DGE (Direction générale des Entreprises) d’organiser à l’intention d’une importante délégation de chefs d’entreprise français un voyage exploratoire de 4 jours en Israël. L’ambassade de France et la Chambre de Commerce Israël-France vont planifier les contacts. A Jérusalem, on se félicite de la possibilité de développer des partenariats entre industriels des deux pays.

A Paris, on s’engouffre dans la brèche avec la volonté de profiter au maximum de cette ouverture : pour faciliter la création d’entreprises, une banque gouvernementale accorde des garanties et investit près d’un milliard d’euros pour encourager l’innovation et l’esprit d’entreprise.

En Israël, au cours d’un congrès organisé par le quotidien Calcalist¸ le Président de Cisco Systems, John Chambers, met en garde les personnalités clés du high-tech israélien en déclarant : « Il fut un temps où la France était un pays où il faisait bon se promener et bien manger, mais pas pour faire des affaires. En un an, suite à une politique ambitieuse, la France est devenue le pays d’Europe ayant le plus fort taux de croissance dans les hautes technologies. Les Français évoluent rapidement et pourraient même représenter un défi pour les Israéliens…»

Les chiffres lui donnent raison : en 2015, les startups françaises ont mobilisé 1,8 milliard d’euros de capital-risque (soit 100 % de mieux qu’en 2014). Par comparaison, les startups israéliennes ont drainé 4,4 milliards de dollars en 2015 (soit 30 % de plus qu’en 2014). A l’évidence, le match France-Israël ne fait que commencer. Dans l’Etat hébreu, où l’avertissement du patron de Cisco a été entendu, on se garde de tout pessimisme, en affirmant que toute concurrence est bienvenue, car elle ne vise qu’à rendre les hommes meilleurs.